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M&A: a flood of SPAC into Europe [FR]

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M&A: a flood of SPAC into Europe [FR]

06/07/2021 by Anne Drif

Cet article issu des Echos, est disponible ici

Les véhicules d'acquisition américains cotés en Bourse ont quintuplé leurs achats en dehors des Etats-Unis depuis le début de l'année.Les start-up françaises du spatial s'inquiètent de cette nouvelle concurrence.

C'est un banquier qui avertit Arnaud Guérin, le cofondateur de Preligens : sa start-up de renseignement spatial figure au centre d'une liste de cibles de l'américain BlackSky, qui présente ce 18 février son rachat par un Spac, un véhicule d'acquisition coté en Bourse. A travers cette opération, le spécialiste américain de l'imagerie satellitaire annonce lever 450 millions de dollars. Autant de moyens pour des acquisitions. De son côté, Preligens a levé seulement 20 millions d'euros quelques mois plus tôt… Dans les jours qui suivent, la start-up française est sollicitée de toutes parts, cette fois pour faire l'objet directement d'une acquisition par des Spac américains. « Nous préférons garder notre indépendance », déclare Arnaud Guérin.

Cet exemple illustre l'appétit de ces nouveaux véhicules financiers aux poches pleines. Jusqu'ici, plus de 420 Spac américains ont levé 130 milliards de dollars et recherchent des cibles pour des valeurs trois à cinq fois supérieures. « S'ils ne trouvent pas dans les deux ans suivant leur introduction en Bourse, ils seront automatiquement dissous. C'est un moteur très puissant de M&A », relève Annie Maudouit-Ridde, avocate chez Winston & Strawn.

Regarder au-delà des Etats-Unis est donc une nécessité. Près d'un tiers des 348 milliards de dollars d'acquisitions de ces Spac depuis janvier a déjà été réalisé à l'étranger, selon Refinitiv. C'est cinq fois plus que sur toute l'année 2020. « Le marché américain pour des acquisitions est profond, mais l'accumulation de ces derniers mois est telle qu'il y a un risque réel d'indigestion. Et la compétition entre Spac s'avère pour l'heure moindre en Europe dans la recherche de cibles à coter », explique Saadi Soudavar, responsable du marché primaire actions pour l'Europe de Deutsche Bank, qui a conseillé un véhicule américain à l'achat de parts d'Evbox, filiale néerlandaise d'Engie spécialisée dans les bornes de recharge pour véhicules électriques. « Nous avons été approchés par des Spac sur des processus de vente, témoigne Bertrand Valet, responsable des relations avec les fonds en Europe chez BNP Paribas, qui a conseillé l'actionnaire du spécialiste suisse du paiement de détaxe Global Blue lors de son rachat par un Spac américain. C'est une option particulièrement intéressante pour des sociétés internationales qui veulent se coter aux Etats-Unis. »

C'est vrai surtout des nouvelles technologies, qui affichent des taux de croissance élevés. « Nous recevons de plus en plus d'appels entrants de Spac américains qui cherchent à conduire des acquisitions de sociétés européennes de tech, relève Nicolas von Bülow, cofondateur de Clipperton, la banque d'affaires. Ils ont des moyens et des plans de développement agressifs qui parient sur la consolidation. » Nouvelles technologies spatiales (« new space » dans le jargon), biotechnologies, semiconducteurs, ces acquisitions s'attaquent aussi à des secteurs sensibles. Exemples, l'irlandais Navitas dans les semi-conducteurs ou l'israélien Cellebrite dans l'extraction de données. Dans le new space, comme en témoigne Preligens, la vague est plus nette encore. L'allemand Lilium s'est fait racheter par un Spac américain (pour 3,3 milliards de dollars), ainsi que le britannique Arqit, une start-up de cryptage post-quantique qui compte comme client le gouvernement britannique et l'Agence spatiale européenne.

Le ministère veille

Face à la puissance de feu de ces nouveaux concurrents, un groupe d'entrepreneurs du spatial a alerté Bercy sur les questions de compétitivité posées par les récentes levées de fonds massives aux Etats-Unis et les enjeux d'acquisition. « Les acquisitions de véhicules américains en Europe ne sont plus qu'une question de temps, dit l'un d'eux. Je connais un bon nombre de cibles françaises qui vont faire l'objet de prédation, et cela ne va pas se faire en douceur. Des entrepreneurs qui dépendent entièrement de la commande publique vont se poser la question. Il faut trouver les moyens de réagir. » Le ministère est attentif. « Les projets d'acquisition de Spac étrangers soulèvent des questions particulières, compte tenu de leurs capacités financières importantes. Mais le rachat d'entreprises sensibles par des entités non françaises est un sujet d'attention, indépendamment même du véhicule, les valorisations de certaines entreprises pouvant être fragilisées par la crise », réagit Bercy, qui rappelle avoir renforcé ses dispositifs de contrôle des investissements.

La réponse pour le ministère passe aussi par l'attractivité des places européennes pour développer les cotations, à Paris plutôt qu'aux Etats-Unis.

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