Formulaire de contact
Votre demande a bien été envoyée.
Veuillez saisir votre nom
Merci de saisir une adresse e-mail
Le format de l’e-mail est incorrect
Veuillez saisir le nom de votre société
Veuillez saisir un message

Roberta Wohlstetter (1912-2007), Pionnière du Renseignement moderne

← Toutes les ressources
Blog
Roberta Wohlstetter (1912-2007), Pionnière du Renseignement moderne

16/03/2021 par Preligens

Retrouvez cet épisode sur :

Apple Music
Spotify
Deezer
Podcastics

“Le 7 décembre 1941, un jour marqué par l’infamie” s’était exclamé le Président Roosevelt après l’attaque japonaise de Pearl Harbour. Deux cuirassés au fond des mers, 2400 Américains tués ou disparus, l’entrée de plain-pied des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale et pour la jeune Roberta Wohlstetter, un mystère douloureux : comment a-t-on pu ne pas anticiper les signaux d’une telle catastrophe? Comment mieux préparer, mieux penser le Renseignement après la guerre 39-45?

Une des carrières les plus influentes de la seconde moitié du 20e siècle commence alors. Voyons pourquoi les travaux de Roberta Wohlstetter influencent encore aujourd’hui le Renseignement moderne. (copyright image 1: Rand Corporation).

Jeunesse

Lorsque la jeune Roberta entre en classe de droit à l’Université de Columbia, elle est déjà en marge de son époque, largement en avance, hors-norme. Ses ambitions, pour une femme, sont jugées démesurées par son père, un protestant conservateur et professeur de droit lui-même à Harvard. Alors lorsqu’elle se permet en plus l’audace de préférer la littérature et la psychologie à une carrière plus tracée, plus profitable, il faudra tout le soutien de son futur mari, Albert, pour lui permettre d’aller au bout de ses premières curiosités.

Toute la suite de ses recherches prendront leurs racines dans ces années de liberté et de courage.

Impact et travaux

Roberta parvient vite à s’assurer un immense respect dans un domaine de recherche compétitif et accaparant. Ronald Reagan le rappelle en lui remettant la « Médaille présidentielle de la liberté » en 1985 (copyright image, Ronald Reagan Presidential Library) [1] : « avec une génération d’avance, dit-il, elle s’est imposée dans des domaines qui parfois étaient réservés strictement aux hommes ». A quoi le Président fait-il référence ? D’abord à l’étude historique qu’elle a consacrée à  la surprise de Pearl Harbour - étude devenue un livre - Pearl Harbour, Warning and Decision [2] - “avertissement et décision” en français ; elle estime que l’excès de données non-hiérarchisées transmises par des informateurs ou obtenues grâce à des déchiffrages d’écoutes téléphoniques explique l’erreur des services de renseignement américain. L’Armée japonaise d’alors est parvenue à camoufler ses véritables intentions offensives derrière une masse de signaux non-pertinents et incohérents. Ce phénomène, qu’elle baptise le “bruit”, a été fatal selon elle à l’analyse et à la prise de décision tout au long de l’année 1941.

Son enquête révolutionnaire est remarquée à Washington. Publiée dans un premier temps à l’attention d’un public militaire restreint, elle ressort au Pentagone à la fin des années 50 et attire l’attention de la Maison Blanche sur son auteure, alors recrutée comme conseillère lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Des installations nucléaires soviétiques sont repérées sur l'île grâce aux photographies d’un avion-espion U2; le Président Kennedy décide alors un blocus; et l’URSS finira par céder contre un arrangement.

Roberta passe de la théorie à la pratique. Une pratique entrée maintenant dans les manuels d'histoire.

La suite de la guerre froide sera plus tranquille : sa notoriété grandit en même temps que son livre influence les écrits de son époux et des collaborateurs de la RAND Corporation, think tank américain avec lequel elle travaillera jusqu’au début des années 2000. Pour cette génération, le spectre d’une attaque surprise de l’Union Soviétique (puis de la Chine) donne à son jugement sur la méthodologie et la prise de décision stratégique en période de crise un caractère permanent.

Le 11 septembre 2001 la remet une dernière fois sous les feux de l’actualité avant son décès survenu en 2007. Ses élèves peuplent alors les couloirs les plus influents de Washington et son livre sur Pearl Harbour devient une lecture obligatoire au cabinet du Secrétaire à la Défense qui décide la riposte américaine à Al Qaeda[3]. La permanence intellectuelle, encore et toujours.

Mais quel rapport avec l’Intelligence Artificielle et le monde du renseignement actuel, direz-vous ?

Capter les signaux faibles, établir les corrélations pertinentes, voir à travers le “bruit” d’une grande masse de données, c’est à cela que sert l’intelligence artificielle au service de la Défense et du Renseignement.

Les algorithmes permettent d’analyser une énorme quantité d’informations issues de plusieurs sources; de là les logiciels mettent en lumière certaines anomalies et aident ainsi à l’évaluation d’une situation et à la prise de décision stratégique. L’IA, c’est donc ce qui permet de détecter les signaux faibles, les signaux utiles, à travers des millions d’indices qu’il ne serait pas possible de traiter manuellement dans un délai raisonnable.

Nul doute alors que la chercheuse aurait été fascinée par ces dernières possibilités technologiques en matière de traitement de l’information.

Avec l’IA agissant comme un phare pour identifier des anomalies au milieu d’un tsunami bruyant de données, c’est la promesse d’une prise de décision plus éclairée par les professionnels du renseignement pour un monde plus sûr.

 

Pour l’anecdote, et pour conclure ce podcast peut-être, ajoutons que Roberta et son mari étaient de ‘bons vivants’ qui aimaient la France, le vin, la poésie. Le frère de son mari possédait un vignoble dans la région de Bordeaux[4] et le couple organisait fréquemment des détours pour les intimes. Il n’aura finalement manqué qu’une quinzaine d’années pour une invitation à visiter nos locaux parisiens.

Heureusement, il nous reste ses écrits et leçons qui traversent les générations.

 

[1] “Remarks at the presentation ceremony for the presidential Medal of Freedom”, http://www.reagan.utexas.edu, 7 novembre 1985

[2] Roberta Wohlstetter, Pearl Harbour: Warning and decision, Stanford University Press, 1962, 426p

[3] Bob Woodward, Bush at war, Simon & Schuster, 2002, p.22

[4] Anne-Hessing Cahn, Killing Détente, the Right attacks the CIA, The Pennsylvania University Press, 1998, p.11

Autre

Roberta Wohlstetter, Cuba and Pearl Harbour, hindsight and foresight, Rand Corporation,1965:https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_memoranda/2007/RM4328.pdf

Abonnez-vous à notre Newsletter